Dès le départ, les abbayes implantées le long de rivières, elles-mêmes affluents de grands fleuves, sont idéalement placées pour écouler leurs produits vers la ville[180]. Dès 1168, les moines de Clairvaux vendent du fer[168] ; les Cisterciens sont les premiers sidérurgistes de Champagne, du milieu du XIIIe au XVIIe siècle[174], utilisant aussi le laitier riche en phosphates de leurs fours comme engrais agricole[172]. Aubry parvient à maintenir la ferveur spirituelle au sein de sa communauté, qu'il soumet à une ascèse très rude. Le foyer est alimenté pendant trois semaines et il faut autant de temps pour que le four et les tuiles refroidissent[176]. Benoît vers 540. ». Il est à noter que les Cisterciens n'exploitent pas eux-mêmes leurs salines et n'y apportent donc aucun savoir-faire technique. Cependant, la réflexion intellectuelle des Cisterciens tend vers l'édification d'une spiritualité mystique et non vers la coquetterie et l'érudition. MOINES : Les trois groupes les plus importants sont : – Les bénédictins. Bernard de Clairvaux — dans son traité De l'Amour de Dieu — ou Guillaume de Saint-Thierry, abbé bénédictin puis simple moine cistercien du XIIe siècle, sont à la source d'une véritable école spirituelle et font franchir un pas décisif à la littérature descriptive des états mystiques[73]. Rien ne doit le perturber dans sa vie intérieure. L'ordre s'illustre dans la lutte contre les Cathares, dont la doctrine est condamnée et combattue par l'Église. Pour Étienne Harding, l'organisateur de l'ordre et grand législateur, l'œuvre qu'il voit naître reste encore fragile et a besoin d'être confortée. Mais défricher n'est pas leur objectif premier, il est un moyen parmi d'autres de s'établir là où il y a encore de la place pour y mener une politique d'autarcie économique[140]. Si les monastères cisterciens profitent, durant la Guerre de Cent Ans, de leur relative autonomie, les conflits endommagent nombre d'établissements. La spiritualité cistercienne est en fait aussi vaste que les auteurs qui l'ont bâtie. En juin 1115, Étienne Harding envoie Bernard avec douze compagnons pour fonder l'abbaye de Clairvaux en Champagne. Les Cisterciens prélèvent un cens sur les revenus des paysans sauniers[178]. Chaque grange est exploitée par cinq à vingt frères convers (ce qui est un nombre idéal du point de vue de la gestion car au-delà d'une trentaine de personnes le simple sentiment de faire partie d'un groupe ne suffit plus à motiver toute la main-d'œuvre à la tâche), au besoin aidés d'ouvriers agricoles salariés et saisonniers. comprend actuellement près de 3 000 moines et 1 875 moniales — communément appelés trappistes et trappistines, car ils sont issus de la réforme de l'abbaye de la Trappe — répartis dans 102 monastères masculins (abbayes et prieurés) et 72 monastères féminins (appelés aussi abbayes ou prieurés), dans le monde entier[3]. Pendant son abbatiat, Aubry fait adopter aux moines l'habit de laine écrue contre la robe noire des moines de l'ordre de Cluny, ce qui vaudra aux moines cisterciens le surnom de « moines blancs[28] », parfois aussi de « bénédictins blancs » ou de « Bernardins », du nom de saint Bernard[29], à l'opposé des bénédictins ou « moines noirs ». Les Cisterciens se dirigent plus particulièrement vers les œuvres regardant la liturgie, la musique sacrée ou l'érudition à l'exemple de Ferdinando Ughelli, abbé de Tre Fontane à Rome et de Pierre Le Nain, sous-prieur de la Trappe, auteur d'un Essai sur l'histoire de l'Ordre de Cîteaux. « Les moines cisterciens dans les villes médiévales », « Art cistercien, architecture cistercienne ». Il faut aussi les loger dans les villes universitaires. Le clergé et le pouvoir royal français critiquent de plus en plus violemment ses privilèges. Les abbayes de Hongrie, de Grèce et de Syrie sont détruites lors des conquêtes ottomanes. Une première réunion d'abbés cisterciens se tient à Rome en 1869. Un ordre religieux rassemble des personnes liées par des vœux solennels sous l'observance d'une règle religieuse. Le nombre de monastères a doublé pendant les soixante dernières années du siècle : de 82 monastères en 1940 à 127 en 1970, et à 169 en 2008. Le régime était maigre ; jusqu'au XIVe siècle, l'usage des matières grasses était très limité, et la viande et les laitages réservés aux malades. Par exemple ils plantent des saules dont les racines soutiennent la terre des digues ou des canaux[161]. Il doit son considérable développement à Bernard de Clairvaux (1090-1153), homme d'une personnalité et d'un charisme exceptionnels. Les bâtiments gagnent en verticalité. Ce qui meut le désir des Cisterciens de quitter le monde en entrant au monastère, c'est la possibilité de l'union dans l'amour de la créature avec le Créateur. « L'émission des vœux solennels caractérise l'ordre religieux et le différencie de la congrégation religieuse, qui est à vœux simples[1]. Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux, est alors nommé légat par le pape et organise la croisade[50]. Grâce à l'appui papal, les terres insalubres à proximité de la Bièvre sont rachetées et il y est érigé un collège. Le Saint-Siège décide dans ces mêmes années d'abolir la pratique commanditaire[63]. Les références nombreuses à des « lieux d'horreurs » dans les documents primitifs renvoient à des topoï bibliques. Les vitraux blancs dominent ; moins coûteux, ils correspondent aussi à un usage métaphorique comme certains ornements végétaux[129]. Le système des visites est restauré. À ce caractère central de travail manuel dans le monachisme, d'après les Cisterciens, s'ajoute une autre motivation : la grande richesse de plusieurs abbayes de l'époque faisait de leurs moines des nantis (et même parfois d'authentiques seigneurs féodaux) assez éloignés de la pauvreté évangélique qui semblait nécessaire aux premiers moines pour chercher Dieu d'un cœur pur[81]. Historiquement les derniers ordres religieux sont ceux créés au XVIe siècle tels l'Ordre du Carmel, l'Ordre des Chartreux, l'Ordre de Saint-Benoît, l'Ordre de Saint-Jérôme, l'Ordre de l'Immaculée Conception, l'Ordre de l'Annonciation céleste, entre autres. Pétri de l'idéal de restauration du monachisme tel que saint Benoît l'avait institué, il quitte en 1075 son prieuré. On distingue ainsi : Après un an de noviciat sous la conduite d'un moine-profès capable et choisi par l'abbé (maître des novices), au cours duquel les novices sont initiés à la vie commune selon la Règle de saint Benoît, s'ils en font explicitement la demande et si la communauté les accepte ils sont admis à la « profession » des vœux monastiques : stabilité dans le monastère, obéissance selon la Règle, conversion de vie[96]. Mais de nombreux liens unissent les deux familles monastiques, en particulier dans le domaine de la formation. Les pères fondateurs de Cîteaux apportent avec eux les livres liturgiques en usage à l'abbaye de Molesme (chant grégorien de la tradition bénédictine). Frappées par la désaffection et l'effondrement démographique consécutif à la guerre et à la Grande peste, elles sont confrontées à la contraction de leurs communautés. Termes plus larges (3) Femmes et christianisme. En outre, la loi du silence sera désormais moins rigoureuse. Par exemple, Actes 18,3 montre saint Paul en tournée d'évangélisation, gagnant sa vie par son travail de fabricant de tentes. Grâce à leurs implantations, les Cisterciens sont partout sur ces axes commerciaux fluviaux : sur la Garonne et la Loire qui conduisent à l'Atlantique et donc à l'Angleterre et l'Europe du Nord, la Seine et ses affluents qui mènent à Paris puis Rouen et donc à la Manche, le Rhin (et la Moselle ou le Main) vers les régions peuplées et commerçante contrôlées par la Hanse, sur le Pô, le Danube[181]. La dernière modification de cette page a été faite le 9 février 2014 à 03:21. Le chapitre enchaînait directement sur prime, et commençait donc environ une heure après le lever du soleil, soit vers 7 h00 sur la moyenne de l'année. Les moines blancs ne sont pas en reste. La controverse se double de conflits locaux entre les monastères rivaux. Dès le XIIe siècle les propriétaires fonciers commencent à assécher les marais pour étendre la surface de pâturages disponibles. L'ordre semble devoir jouer un rôle nouveau dans la société, rôle qu'il s'était jusqu'alors refusé d'assumer dans le siècle. Grégoire XV soutient l'initiative des réformateurs. En 1360, les frères de Cîteaux doivent trouver refuge à Dijon. La toilette ordinaire se faisait une fois par mois, et seulement tous les deux mois jusqu'au milieu du XIIIe siècle. « Brillant comme l'étoile du matin dans un ciel chargé de nuages, le Saint Ordre cistercien, par ses bonnes œuvres et son exemple édifiant, partage le combat de l'Église militante. Les moines couchaient tout habillés afin d'être prêts tout de suite pour les nocturnes ; tout au plus, ils ôtaient leur scapulaire. La devise de l'ordre est Ad maiorem Dei gloriam (« Pour la plus … Ainsi au XVIIIe siècle, « de nombreux novices et moines vont étudier dans les universités et, d'une façon générale, les religieux s'adonnent beaucoup à la lecture, peut-être parce qu'ils sont désœuvrés[124] ». À partir de 1898, les chapitres généraux se tiennent à Cîteaux, récemment récupéré. Ainsi, les écrits de Guillaume de Malmesbury, puis les Petit et Grand Exorde sont à l'origine de la légende noire qui poursuit, au sein de l'ordre, Robert et ses compagnons de Molesme « qui n'aimaient pas le désert[23] ». Cette transition du bas fourneau vers le haut fourneau s'ébauche notamment à l'abbaye de Rievaulx, où des analyses de laitier ont révélé une teneur en fer exceptionnellement faible pour l'époque, proche de celle obtenue avec un haut fourneau[172],[173]. Ils peuvent aller jusqu'à payer au prix fort le droit d'accès au cours d'eau convoité. Au XVIe siècle l'abbaye de Vauluisant ne compte plus que treize moines, à la fin du siècle seulement dix[58]. L'hospitalité se traduisait par l'accueil de passants ou voyageurs pendant la nuit, à titre gracieux ; bien entendu, l'hospitalité ne pouvait être offerte qu'aux hommes. Les progrès se transmettent entre abbayes par le biais de manuscrits ou par le déplacement de moines. Les moniales cisterciennes, principalement au XIIIe siècle, ont compté plusieurs saintes comme Sainte Lutgarde en Belgique, Sainte Hedwige en Pologne, les saintes Gertrude de Helfta et Mathilde de Magdebourg, toutes deux du couvent de Helfta, en Saxe, haut-lieu de la mystique rhénane (un des nombreux monastères féminins qui suivaient les usages de Cîteaux sans être juridiquement affiliés à l'ordre : car celui-ci redoutait de devoir fournir des aumôniers à trop de maisons de moniales). Par suite de l'accroissement de l'ordre, avec la fondation de centaines d'abbayes et l'incorporation de plusieurs congrégations (celles de Savigny qui compte trente monastères et d'Obazine du vivant même de saint Bernard), l'uniformité des coutumes s'altère insensiblement. Ce deuxième office de la journée, qui eut lieu vers 6 h 00 en moyenne, tenait son nom du fait d'avoir eu lieu à la première heure de la journée. Les Cisterciens prêchent dans le Midi de la France pour ramener les hérétiques à la foi catholique, à l'exemple d'Henri de Marcy à partir de 1178 ; celui-ci, nommé cardinal d'Albano en 1179, puis légat du pape en France en 1181, entreprend le siège de Lavaur. Le 16 novembre 1106 Gauthier, l'évêque de Chalon, consacre sur ce nouveau site la première église construite en pierre. De Clairvaux sort finalement le plus grand rameau de l'ordre cistercien : trois cent quarante-et-une maisons dont quatre-vingts filles directes dispersées dans toute l'Europe, davantage que Cluny qui n'en compte que trois cents environ[39]. Ce conflit repose, en apparence du moins, sur les respects d'obligations régulières - en particulier l'abstention de consommation de viande. La répartition des offices — sept diurnes et un nocturne — obéit aux saisons, mais aussi aux latitudes et s'adapte à la condition des frères convers. Pour les illustrations, cliquez sur chaque image ou consultez les crédits graphiques. Les terres sont parfois éloignées du monastère, et subdivisées en parcelles autonomes, les granges (voir infra « La grange cistercienne ») qui incluent l'ensemble des édifices agricoles, mais aussi les terres et points d'eau attenants. Il n'y a pas d'écoute vraie sans l'attitude fondamentale d'obéissance (ob-audire) et d'humilité (attitude déjà définie comme caractéristique du moine par le législateur de la vie monastique en Occident et à ce titre inspirateur des Cisterciens : saint Benoît de Nursie). Avant l'enterrement, l'on chantait l'office des morts. 10. Avec le soutien de la papauté, des rois et des évêques, l'ordre prospère et grandit. En hiver, cette tâche et certains autres travaux pouvaient être effectués au chauffoir, unique salle chauffée du monastère. La vallée boisée doit contenir, en de vastes étendues, tous les ingrédients qui répondent aux besoins de la vie monastique, sans se trouver trop loin des axes de circulation[45]. La destruction de l'abbaye de Cîteaux a privé l'ordre de son chef naturel et le renforcement des nationalismes en Europe ne facilite pas la recherche d'une solution commune. Bernard, maître à penser de la Chrétienté, appelle les seigneurs à la reconquête de la Terre sainte le 16 février 1147 ; les Cisterciens prêchent lors de la troisième croisade (1188-1192), certains frères y participent personnellement. Les investissements nécessaires pour l'entretien des salines (digues, pieux) sont confiés à un bourgeois investisseur qui reçoit en échange le tiers restant du sel produit. Au XVIIe siècle, l'histoire de l'ordre est troublée par un conflit que l'historiographie a retenu sous le nom de « guerre des Observances » qui s'étend de 1618 aux premières années du XVIIIe siècle. Les moines blancs l'utilisent pour leur usage propre et surtout pour la liturgie. L’horarium bénédictin est en vigueur à Cîteaux, rythmant la vie des frères du lever au coucher du soleil : c'est l’Opus Dei, auquel « rien ne sera préféré »[93], qui vise à ce que les esprits et les cœurs se tournent vers Dieu. En effet, leur exploitation est confiée à des paysans sauniers (et non à des convers) qui conservent les deux tiers de la récolte. En même temps, il a su prévoir des systèmes de contrôles efficaces tout en évitant la centralisation : l'abbaye-mère dispose d'un droit de regard, son abbé doit la visiter annuellement. Les trappistes ont su perpétuer leur savoir technique en restant vigilants sur les effets néfastes qu'ont eu dans l'histoire les succès économiques des Cisterciens. La suite de la réunion s'organisait autour de deux volets : l’instruction, pour laquelle l'abbé prend la parole, remplacée par un sermon les dimanches et jours de fête, et la proclamation, c'est-à-dire l'auto-accusation pour les fautes commises, dans un but d'auto-perfectionnement et comme exercice d'humilité. Ordres monastiques et religieux chrétiens. L'expérience d'Armand de Rancé à l'abbaye de la Trappe, par son influence, reste emblématique de l'exigence de la Stricte Observance et des visées réformatrices. Les ordres dits « contemplatifs » cherchent l'union à Dieu dans une vie de prière et d'ascèse personnelle en retrait du monde, tandis que les ordres dits « apostoliques » cherchent l'union à Dieu dans le service des autres et l'engagement direct dans la société humaine. Entre 1114 et 1118, Étienne Harding rédige la Carta Caritatis ou Charte de charité, texte constitutionnel fondamental sur lequel repose la cohésion de l'ordre. Ainsi, alors qu'au XIIIe siècle les grands correctoires bibliques (en) sont le fait surtout des dominicains et des franciscains, au XIIe siècle les deux plus grands travaux de critique textuelle sur la Bible sont le fait d'Étienne Harding (Bible de Cîteaux), abbé de Cîteaux, et de Nicolas Maniacoria (Suffraganeus Bibliothece). Les abbayes créées par Cîteaux ont besoin du lien qui va être la marque de leur appartenance à l'application stricte de la règle de saint Benoît et rendre les communautés monastiques solidaires. À la fin du XIIe siècle, les défrichages atteignent un point culminant. Elle établit l'égalité entre les monastères de l'ordre. », sur quoi le moine répondit par « Mea culpa », se relevant sur l'ordre de l'abbé et se découvrant de nouveau pour confesser une nouvelle fois sa faute. S'ils ne font pas vœu de silence, ils réservent néanmoins l'usage de la parole aux communications utiles au travail, aux dialogues communautaires et aux entretiens personnels avec le supérieur et l'accompagnateur spirituel. Le pape Calixte II l'approuve le 23 décembre 1119 à Saulieu. La pensée de Guillaume de Saint-Thierry est en accord avec celle de saint Bernard considérant que l'amour est la seule façon de dépasser le dégoût que l'on éprouve pour soi-même. À cette occasion, les moines pouvaient parler à l'abbé ou se confesser de leurs fautes secrètes. D'une part, l'exacerbation des particularismes nationaux nuit à l'unité ; d'autre part, les deux papes rivalisent de générosité pour s'assurer le soutien des monastères, ce qui porte « un préjudice considérable à l'uniformité de l'observance[60]. Cet ancien abbé cistercien prêche à sa demande pour la deuxième croisade qui emmène en Terre sainte Louis VII le Jeune et Conrad II le Salique.